Dans une tribune rendue publique depuis Ngote, Me Mokili Mungunuti David, affectueusement appelé Uturo Gang’,Avocat et activiste se présentant comme Sentinelle de la République, livre une réflexion critique sur la persistance de l’insécurité en Ituri et dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Il met en cause la responsabilité historique de certains anciens chefs rebelles devenus acteurs politiques donneurs de leçon, qu’il accuse d’entretenir une culture d’impunité et de recyclage de la violence.
Une insécurité héritée des rébellions armées
Selon Me Mokili, la situation sécuritaire actuelle en Ituri ne peut être analysée sans rappeler le rôle joué par plusieurs leaders ayant pris part, hier comme aujourd’hui, aux mouvements insurrectionnels armés. Il cite notamment des groupes tels que l’UPC, le M23, la CODECO, la CRP, ZAÏRE ou encore MAPI, dont les actions ont profondément affecté les populations civiles.
L’auteur estime que certains de ces anciens chefs rebelles,aujourd’hui reconvertis ou en voie de reconversion politique,se présentent paradoxalement comme des acteurs de paix, tout en critiquant ouvertement les autorités nationales et provinciales, notamment le gouvernement central et le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya.
Une critique des « donneurs de leçons »
Pour Me Mokili, cette posture relève d’une contradiction morale. Il juge inacceptable que ceux qui ont contribué à la militarisation de la société, à la prolifération des armes et aux violences contre les civils en particulier les violences sexuelles prétendent aujourd’hui incarner la solution à une crise qu’ils ont eux-mêmes nourrie.
Il met en garde contre ce qu’il considère comme une stratégie récurrente : déposer momentanément les armes, participer à des consultations ou négociations à l’étrangerbou au pays puis revenir sur la scène publique avec des revendications politiques, pendant que les populations locales continuent de payer le prix de l’instabilité qu’ils ont imposé au peuple
Le précédent Roger Lumbala
Dans son argumentaire, Me Mokili s’appuie sur le dossier judiciaire de Roger Lumbala, ancien chef rebelle ayant accédé à des hautes fonctions politiques avant d’être poursuivi par la justice. Pour lui, ce cas illustre une réalité fondamentale : les fonctions politiques ne sauraient constituer un bouclier contre la justice, et les crimes commis dans le cadre des rébellions armées restent imprescriptibles dans la mémoire collective et judiciaire.
Il estime que cet exemple devrait servir d’avertissement à d’autres figures de l’insurrection armée, y compris à Thomas Lubanga, souvent cité dans les débats sur la responsabilité des anciens chefs de guerre en Ituri.
Appel à une réforme politique et juridique
Allant plus loin, Me Mokili appelle les deux chambres du Parlement congolais à examiner et adopter une loi stricte interdisant l’accès aux fonctions électives et politico-administratives à toute personne ayant participé à un mouvement insurrectionnel armé même comme simple membre même sans être condamné.
Selon lui, cette réforme permettrait de rompre définitivement avec une pratique qu’il qualifie de dangereuse : l’usage de la rébellion comme moyen d’ascension politique, tant au niveau national que provincial.
Une responsabilité devant l’histoire
En conclusion, Me Mokili rappelle que chaque acteur porte une responsabilité historique face aux souffrances infligées aux populations. Il soutient que ni la transformation des mouvements armés en partis politiques, ni le temps, ne peuvent effacer les conséquences des actes posés.
Il exhorte enfin les groupes armés encore actifs en Ituri à renoncer définitivement à la violence, soulignant que la paix durable passe par la justice, la vérité et la responsabilité individuelle.
Avec Héritier RAMAZANI
![]()










