La persistance des conflits armés en Ituri, malgré les opérations militaires, les poursuites judiciaires et les multiples initiatives de pacification, soulève des interrogations sur l’efficacité des mécanismes mis en place pour restaurer durablement la paix. Dans un mémoire en droit public réalisé à l’Université de Kisangani, Patrice Ufoyuru Mananu plaide pour une nouvelle approche socio-sécuritaire et juridique de résolution des conflits, adaptée aux réalités de la province. Invité dans une émission de la Radio Télévision Canal Universel de l’Université de Bunia (RTCU), le chercheur a expliqué que son choix de sujet est motivé par la persistance de l’insécurité en Ituri, marquée par des violences récurrentes malgré les différentes initiatives engagées pour rétablir la paix. Intitulé « Persistance des conflits armés en province de l’Ituri et nécessité d’une nouvelle approche socio-sécuritaire et juridique de résolution des conflits », ce travail scientifique examine les causes profondes des violences, les limites des mécanismes de pacification existants et les pistes susceptibles de favoriser une paix durable. Au cours de cet entretien, Patrice Ufoyuru Mananu est notamment revenu sur les origines historiques de la crise sécuritaire en Ituri. Il a rappelé que le conflit intercommunautaire déclenché en 1999 est né d’un différend foncier opposant deux communautés autour d’une concession. Ce litige s’est progressivement transformé en affrontements intercommunautaires meurtriers qui ont profondément marqué la province jusqu’en 2003-2004. Selon le chercheur, plusieurs dispositions et mécanismes avaient été mis en place à la suite de ces événements pour favoriser la pacification et la réconciliation entre les communautés. Toutefois, ces initiatives n’ont pas permis d’empêcher la résurgence des violences. L’auteur situe également en décembre 2017 une nouvelle étape dans la dégradation de la situation sécuritaire, notamment avec les événements de Maze. Selon son explication, les violences seraient parties d’un incident impliquant un membre d’une communauté locale et des éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).Il explique qu’un différend lié au paiement d’une somme réclamée par des militaires aurait dégénéré après une tentative de fuite de la personne concernée. Les coups de feu tirés lors de cet incident auraient ensuite suscité des réactions au sein de la communauté locale, contribuant à l’escalade des tensions. Cet épisode illustre, selon son analyse, la manière dont un incident impliquant des acteurs locaux et des services de sécurité peut alimenter des violences plus larges dans un contexte déjà marqué par des tensions communautaires. Au-delà de ces événements, le mémoire interroge les raisons pour lesquelles les conflits armés continuent de persister malgré les dialogues, les négociations et les différentes initiatives de paix organisées en Ituri. Il met ainsi en discussion les limites d’une réponse essentiellement sécuritaire face à une crise dont les causes peuvent également être sociales, foncières, communautaires et institutionnelles. Pour Patrice Ufoyuru Mananu, la recherche de solutions durables nécessite de tenir compte de la complexité de ces facteurs et de renforcer la complémentarité entre les mécanismes sécuritaires, les instruments juridiques et les initiatives locales de résolution des conflits. Cette approche met également en avant l’importance de la participation des communautés locales dans les processus de paix. L’implication des acteurs concernés pourrait contribuer à mieux identifier les causes des tensions, à prévenir leur aggravation et à favoriser des solutions adaptées aux réalités du terrain. A travers cette étude menée à la Faculté de droit, au Département de droit public de l’Université de Kisangani, l’auteur entend contribuer à la réflexion sur les réponses à apporter à la crise sécuritaire en Ituri. Son travail remet au centre du débat la nécessité d’une stratégie globale qui ne se limite pas aux opérations militaires, mais qui associe également les dimensions sociales et juridiques dans la recherche d’une paix durable.L’entretien se poursuit notamment sur les principaux facteurs qui expliquent la persistance des conflits armés en Ituri, malgré les différentes initiatives de pacification engagées dans la province. Micheline Batoyande
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