Par : Alex Shabdina Le centre hospitalier de Rwankole, situé dans la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, a franchi une étape majeure dans la prise en charge de la santé maternelle avec l’inauguration, ce vendredi, d’un bâtiment exclusivement consacré au traitement des fistules obstétricales. La cérémonie officielle s’est déroulée dans l’enceinte de cette structure sanitaire, en présence des autorités politico-administratives locales, des responsables religieux, du personnel médical ainsi que des partenaires techniques et financiers. L’événement a été présidé par le bourgmestre adjoint de la commune de Nyakasanza, tandis que la coupure symbolique du ruban a été effectuée par le vice-président communautaire de la 20ᵉ Communauté Évangélique au Centre de l’Afrique (CECA-20), propriétaire de l’hôpital. Une partie du ruban a ensuite été remise au Dr Claude Idringi, médecin directeur du centre hospitalier de Rwankole. « Cette infrastructure est une réponse concrète à la souffrance de milliers de femmes victimes des fistules obstétricales. Elle témoigne de l’engagement de l’Église CECA-20 et de ses partenaires à restaurer la dignité de ces femmes », a déclaré le vice-président communautaire de la CECA-20 lors de son allocution. Prenant la parole, le Dr Claude Idringi est revenu sur l’historique de la prise en charge des fistules obstétricales à Rwankole. « La chirurgie de réparation des fistules a débuté ici en 2006 grâce à l’appui du Dr Christina Dewin, une médecin néerlandaise qui avait organisé plusieurs campagnes chirurgicales au profit des femmes victimes de cette pathologie. Depuis huit ans, notre équipe locale assure elle-même les interventions grâce aux formations reçues », a-t-il expliqué. Selon les statistiques fournies par la direction de l’hôpital, plus de 2 800 femmes ont déjà été opérées au centre hospitalier de Rwankole, faisant de cette structure le plus ancien et le plus grand centre de réparation des fistules obstétricales en province de l’Ituri. Des campagnes chirurgicales ont également été organisées dans plusieurs hôpitaux généraux de référence, notamment à Adi, Rethi, Mahagi et Bunia, afin de rapprocher les soins des patientes vivant en zones rurales. La fistule obstétricale est généralement causée par un accouchement difficile ou prolongé sans assistance médicale adéquate. Elle se caractérise par une communication anormale entre les voies urinaires ou digestives et les voies génitales, entraînant des pertes incontrôlées d’urine ou de matières fécales. Au-delà des complications médicales, cette pathologie expose les femmes à une stigmatisation sociale sévère, souvent marquée par le rejet familial et communautaire. Les professionnels de santé estiment que plus de deux millions de femmes vivent actuellement avec une fistule dans le monde, avec 50 000 à 100 000 nouveaux cas enregistrés chaque année, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est. Le nouveau bâtiment inauguré comprend 26 lits, des salles pré et post-opératoires, des chambres privées, une salle de consultation, un bureau administratif, un dépôt, ainsi que des annexes essentielles (cuisine, douches, latrines) et un réservoir d’eau d’une capacité de 10 000 litres. Cette infrastructure a été réalisée grâce à une collecte de fonds des citoyens de Tübingen, en Allemagne, avec l’appui du groupe partenaire “10 femmes”. Le coût global du projet est estimé à 119 748 dollars américains. « Avant, les patientes atteintes de fistules étaient hospitalisées dans des salles communes avec d’autres cas chirurgicaux. Ce nouveau bâtiment va considérablement améliorer leur prise en charge, leur intimité et leur dignité », a souligné le Dr Idringi. Les responsables du centre hospitalier ont profité de l’occasion pour remercier le gouvernement congolais, le partenaire allemand DIFAM, ainsi que l’entreprise GED, pour leur appui multiforme à la réalisation de ce projet humanitaire. Avec cette nouvelle infrastructure, le centre hospitalier de Rwankole consolide son rôle de référence régionale dans la lutte contre les fistules obstétricales et redonne espoir à des milliers de femmes victimes de cette pathologie évitable.
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